• Raynald Najosky

LES AUTRES (Nous Autres...)

Dernière mise à jour : 25 oct.


LES AUTRES :

ils sont là mais personne n’y prête attention, ou plutôt… tout le monde les ignore sciemment. Longtemps reclus dans des quartiers dédiés, les sans-abris américains sont aujourd’hui beaucoup de plus en plus nombreux et par conséquent beaucoup plus visibles depuis la mise en œuvre des nouvelles politiques d’aménagements urbains.


Ignorés et rejetés, ils font pourtant bien partie de la société des villes des Etats-Unis. Ils y mènent à leur manière une vie parallèle rythmée par la mendicité et la charité. Tantôt spectres errants, tantôt statues immobiles, ils sont des centaines de milliers à survivre au cœur des métropoles ou des mégalopoles américaines.

NOUS AUTRES :

Aucun d’entre nous n’étant totalement immunisé contre une telle déchéance, Il m’a donc semblé opportun d’ajouter au titre de la série cet élément complément qui se voudrait sensibilisateur.

Quel que soit notre point de vue à ce sujet et même si nous comprenons mal ces personnes, elles sont indéniablement… une partie de nous autres.



Genèse

Une évidence, un choc !

Bien que le phénomène soit connu, Il y avait là un vrai sujet social et sociétal compte tenu du nombre très impressionnant de « homeless » croisé(e)s dans les rues de trois villes emblématiques de l’Ouest américain : Los Angeles, Las Vegas et San Francisco.


Méthode

Deux types de prises de vues :

- cadrées et posées lorsque la situation le permettait. (quelques clichés ont même été autorisés ou provoqués par les intéressés)

- prise « à la hanche » lorsque l’environnement l’imposait (tension, concentration importante, lieu)


Cadrage

Le cadrage laisse volontairement une place importante à la rue, au bitume, aux murs… Je ne cherche pas à respecter les habituelles règles académiques.


Il est à l’image du sujet, libre, urbain, instable, en marge, flou, en mouvement et parfois fuyant.



Situation

Cette situation est en partie la conséquence de :

-la crise des « subprimes » (2007-2008)

- des ouragans et autres catastrophes naturelles (encore récemment, avec l’ouragan « Ian » qui a dévasté la Floride)

- la crise de l’immobilier déclenchant une flambée du prix des loyers, due en partie à :

Le manque de logements disponibles (politiques d’urbanisation)

Les migrations et immigrations

L’augmentation du nombre de familles monoparentales

La situation économique et industrielle dégradées

Les drogues et autres dépendances (alcool, jeu…)

La réforme de la politique d’internements psychiatriques

L’épidémie de covid19 (absence de couverture sociale, aide basée principalement sur des donations en baisse depuis la pandémie)

Et comme partout des accidents de la vie.

Les phases historique de ce phénomène


Du Hobo américain (ouvrier itinérant) au Homeless

La première constatation de l’explosion du nombre « d’itinérants » (sans domicile fixe) date de la fin de la guerre de sécession (1861 et 1865) lorsque les Etats-Unis avaient un besoin urgent de main-d’œuvre. C’est donc à cette période qu’est né Le hobo américain. Par la suite, la mécanisation de l’agriculture et le renforcement de l’économie a entrainé sa disparition durant les années 1920.

Pendant la grande dépression des années 30, la situation des « nouveaux hobos » a sensiblement évolué. Sans emploi, ils n’avaient souvent pour seule ressource que la charité privée. (A voir : le célèbres reportage photographique de Dorothea Lange)

Après la seconde guerre mondiale et jusqu’aux années 1960 leur nombre se réduit de nouveau de façon considérable grâce à de nouveaux dispositifs d’aide sociale, de rénovation urbaine et de gentrification.

Deux visions s’opposent sur ce phénomène :

Certains voient un déclin irréversible des sans-abris des quartiers démolis et transformés lorsque d’autres, avancent l’idée que les sans-abris n’ont pas disparu mais se sont dispersés dans les villes américaines, faute de lieux de vie dédiés.

Depuis les années 1980/1990, une forte croissance des sans-abris est de nouveau constatée. Quatre raisons sont généralement citées à ce sujet :

- taux de chômage en hausse (touchant surtout les jeunes et les personnes issues des minorités)

- pénurie de logement à bas loyers

- désinstitutionalisation des patients des hôpitaux psychiatriques

-renforcement des conditions d’accès aux pensions d’invalidité et réductions des aides sociales.



Quelques chiffres:

Bien qu’il soit difficile de produire des chiffres fiables dans ce domaine, le HUD (Department of Housing and Urban Development) estimait à 250 000 personnes, le nombre de sans-abris aux USA, en 1984. En 1989, il l’actualisait à 600 000 personnes, alors que les lobbies défendant les droits des sans-abris avançaient alors le chiffre de 3 millions. Selon une étude réalisée sur 29 villes de 1986 à 1987, la demande en services sociaux spécialisés (hébergement d’urgence, soupe populaire…) a augmenté de 21 % en un an. Dans tout le pays, on compte de nos jours 1,6 millions de personnes ayant des problèmes de logement. Parmi ces derniers, un tiers est complètement à la rue. (Répartition de la population itinérante : 66% des SDF vivent dans les grandes villes, 62 % sont membres de minorités, 40 % ont une invalidité, et 12% sont des vétérans de l’armée américaine)

Zoom sur l’état de Californie

La Californie est l’état où la crise du logement est la plus importante aux USA. Près d’un quart des sans-abris américains y sont recensés. (Pour loger tout le monde, il faudrait que 180 000 nouveaux logements par an y soient construits. Actuellement il s’en construit environ 80 000 /an)

Malgré son statut de 8ème état le plus riche du monde (devant l’Italie ou encore l’Inde), la Californie se voit attribuer la première place nationale en terme de pauvreté avec 20,4 % de sa population. Par ailleurs, 21 % de ses habitants se sont déjà retrouvés à la rue.

De causes à effets, en 2021, une explosion du nombre de sans-abris décédés en pleine rue a été enregistrée. On dénombrait alors 5 décès par jour en ville. (pendant la pandémie de covid 19, les morts ont doublé. Il était alors plus difficile de se faire soigner et les autorités de santé publique étaient trop préoccupées par la pandémie pour porter efficacement attention aux homeless. Au total, il y a eu 4800 décès de sans-abris enregistrés en Californie en 2021 (estimation prudente des autorités)

Les principales raisons de cette hécatombe, impactant prioritairement les hommes âgés entre 50/ 60 ans, sont les suivantes :

  • Les overdose (en grande partie liées à une plus importante disponibilité du Fentanyl – drogue très dangereuse)

  • Les maladies chroniques qui pourraient être traitées sans problème si l’accès au soin était moins cher et plus facile (ex. maladies cardiaques)

  • Les suicide

  • Les accidents avec des voitures

  • Les assassinats

  • La vieillesse


Focus sur le Comté de Los Angeles

La population de sans-abris a augmenté de 50 % entre 2015 et 2020. Les décès ont augmenté encore plus rapidement : hausse de 200% entre 2015 et 2020, pour atteindre 2000 morts en 2021.


Démarche photographique

Connaissant la situation, j’étais loin d’imaginer son ampleur. Toute documentation de ce phénomène pouvant indéniablement servir la cause de ces personnes, cette série in situ montre cette catastrophe humanitaire que les autorités nationales et locales ne parviennent toujours pas à résoudre. Elle met également en lumière ces hommes et ces femmes trop souvent dans l'ombre.


Voici le lien pour découvrir l'ensemble des photographies : https://www.raynaldnajosky.fr/les-autres


Bonne visite.


Sources : Cahier de recherche n° 56, Les exclus du mythe américain : l’heure des comptes par Isabelle Groc. (mars 1994), Konbini (15 mai 2015), Le courrier des Amériques (4 avril 2018), info Google (23 avril 2019), Le Monde (23 avril 2019), La Presse (19 avril 2022), Courrier international (19 avril 2022), TF1 info (19 avril 2022)


Raynald Najosky - 2022

www.raynaldnajosky.fr


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