Piano solo
Photographier un concert solo est un exercice aussi exigeant que fascinant. Le défi était de rendre visible une musique profondément intérieure proposée lors du concert de Patrick-Astrid Defossez, organisé et présenté par La coopérative culturelle JAZZUS.
Contrairement à d’autres formes de concert où le mouvement, les interactions entre musiciens ou l’énergie scénique nourrissent naturellement le regard, le solo, qui plus est au piano, impose une approche différente. Le musicien est seul, presque immobile et concentré dans un dialogue intime avec son clavier. Il faut alors chercher ailleurs : dans les mains, les silences, les respirations, les infimes variations d’expression ou encore l'aura et la puissance dégagées par l'artiste. Il faut saisir une tension discrète, capter une intensité ou composer avec les lumières encore plus qu'habituellement.
La difficulté tient aussi à traduire visuellement une musique qui se déploie dans la nuance, l’écoute et le temps long. Comment donner une image au son, au souffle, à l’improvisation ? Comment éviter la répétition quand le décor semble minimal et les postures retenues ? C’est justement dans cette contrainte que naît un autre récit photographique, plus attentif, plus sensible où chaque image tente de faire entendre autant que voir.
Cette série photographique accompagne le Pianiste, compositeur et improvisateur, Patrick-Astrid Defossez qui trace un sillage singulier entre les territoires du jazz, du classique et de la musique contemporaine. Formé aux conservatoires de Paris et de Boston (Berklee School of Music), lauréat de prix de composition, il développe depuis plusieurs années une œuvre protéiforme où l’improvisation libre dialogue avec l’écriture savante.
En solo, il explore les vastes résonances du piano comme un véritable orchestre intérieur — un lieu de recherche, d’émotion et de poésie sonore. Chaque concert devient une traversée : de l’intime au cosmique, de Coltrane à Ravel, de l’instant à la contemplation.
Son plus récent double album, Un merveilleux piano (Label CIAR / Socadisc, 2024), illustre cette quête de timbres et de souffle : deux vastes improvisations inspirées des « râgas du matin et du soir », enregistrées sur les instruments d’exception de Stephen Paulello.
Patrick-Astrid Defossez se distingue comme un véritable « esthète du son », un passeur entre les mondes. En concert, il invite à écouter autrement — à se laisser traverser par une musique vivante, libre, mouvante.
(JAZZUS_Avril 2026)























